Sybarite du mois

Août

Didier de Cannière – Chef du département de chirurgie et du service de chirurgie cardiaque au CHU St-Pierre à Bruxelles.

Un parcours inspirant.

Didier de Cannière, une éminente figure médicale belge, est reconnu pour son expertise et sa contribution significative à la connaissance de la physiologie cardiaque et aux progrès techniques de sa discipline : la chirurgie cardiaque.

Sa carrière remarquable et son engagement envers l’amélioration des soins cardiaques ont fait de lui un modèle pour de nombreux médecins et chercheurs à travers le monde.

Une vie dédiée à la cardiologie.

Après avoir obtenu son diplôme de médecine avec la plus grande distinction, il a eu l’opportunité de se spécialiser en chirurgie du cœur, un domaine qui allait toujours rester sa « passion fondatrice ». Dès ses années de résidence, il s’est distingué par son grand intérêt pour la recherche et l’innovation clinique, ce qui l’a conduit à être nommé professeur dans 4 universités : à Bruxelles, aux USA (x2), à Paris et à opérer en Chine, au Japon, en Inde, en Arabie Saoudite, à Paris, Londres, Athènes, Yaoundé etc… . Au fil des années, le Professeur de Cannière a participé à l’élaboration des techniques qui ont révolutionné la chirurgie et amené une vision claire, de l’importance des rapports entre la recherche, fondamentale, clinique et translationnelle, pour faire progresser la cardiologie. Il a complété son cursus par une thèse d’agrégation en sciences chirurgicales, où il a publié des recherches innovantes sur l’hémodynamique pulsatile dans la circulation pulmonaire et le cœur droit, effectuées à l’hôpital Erasme, clinique académique de l’ULB, dont il fut nommé chef de service en 2004 « à vie » par les hasards du calendrier, avant que le système ne change, légitimement nous dit-il, pour des mandats de chefs de service de cinq ans.

US Immersion.

En 1998 il a été le premier à réaliser avec succès des pontages coronaires robotiques à thorax fermé. En 2009 plusieurs propositions de travailler aux US se présentent (ce qui est assez inhabituel disons-le, pour un chirurgien européen) et, friand de nouveaux défis, le Dr. De Cannière accepte les postes de directeur de l’institut d’Innovation chirurgicale et du centre de chirurgie cardiaque moins invasive et robotique. De cette aventure dont il reviendra après près de cinq ans à Miami (l’Europe manque aux sybarites CQFD) émergeront une dizaine de brevets et deux start up ayant mis plusieurs « medical devices » sur le marché avant d’être vendues.

Outre ses réalisations scientifiques, le Professeur Didier de Cannière est également un enseignant apprécié. Il a formé plusieurs générations de futurs chirurgiens, partageant ses connaissances et son expérience avec bienveillance. Ses cours et conférences captivantes, ont laissé une empreinte durable sur ceux qui ont eu la chance de les suivre.

Aujourd’hui, le Professeur Didier de Cannière continue de travailler inlassablement à la frontière de la recherche en cardiologie et en chirurgie cardiaque : développement d’implants cardiaques d’une part via la nouvelle startup et l’écosystème CorQuest Medtech et développement de nouveaux domaines d’expertise clinique. Son dévouement et sa passion pour son domaine d’expertise restent une source d’inspiration pour tous ceux qui œuvrent à améliorer la santé cardiovasculaire.

Equipe performante.

Mais il affirme que sa fierté professionnelle la plus grande est d’avoir participé à réunir une équipe de tout premier plan, performante dans tous les domaines de la cardiologie dans la continuité historique des grands noms de la cardiologie de Saint Pierre, depuis l’avènement de cette science dans les années 40 et 50. Il tient à rendre hommage aux professeurs Lequime, Denolin, Englert, Bernard, Van den Bossche, Unger et désormais Quentin de Hemptinne et son équipe.
La pérennité d’un réseau hospitalier public de premier plan dans la capitale de l’Europe est selon lui un combat vital pour l’équilibre de la cité qui doit continuer à être mené en synergie avec le (les) réseaux académiques.

En conclusion, le parcours du Professeur Didier de Cannière est celui d’un homme qui, grâce à sa persévérance, sa passion et son esprit innovant, a marqué de manière importante le domaine de la cardiologie en Belgique et au-delà. Son héritage durable dans la recherche médicale continuera de guider les générations futures de professionnels de la santé pour de nombreuses années à venir.

C’est avec beaucoup de gentillesse, qu’il s’est rendu disponible pour me donner son regard de cardiologue sur l’alimentation. Je vous livre (un bref résumé de) notre échange.

Une Alimentation Equilibrée.

Dans une ère où la rapidité et la commodité sont souvent privilégiées au détriment de la santé, Didier de Cannière met en exergue l’importance de comportements alimentaires réfléchis, conscients et équilibrés. Au cœur de ses préoccupations, la relation intime entre les choix alimentaires, la santé cardiovasculaire, et l’impact environnemental.

« Éviter la junk food et privilégier le bio est essentiel, je ne vous apprend rien, non seulement pour notre santé, mais aussi pour la préservation de notre planète », affirme le Dr. de Cannière, les défis de l’alimentation dépassent très évidemment le problème, important, d’un certain hédonisme « sybaritique » (sur lequel je ne crache pas bien entendu). Mais la qualité ou non de l’alimentation est aussi, par exemple, un facteur d’inégalité sociale profonde : la malbouffe touche principalement les classes défavorisées (pas par choix, faut-il le dire?, mais parce qu’elles achètent le prix avant tout autre considération). Cela conduit très directement ces populations vers l’obésité et ses corollaires : syndrome métabolique, HTA, diabète, coronaropathie etc.. . Il souligne aussi que nos sols appauvris entraînent une diminution de la qualité nutritionnelle des aliments, causant des carences dans notre alimentation. « Nous ne respectons plus, par exemple,  les temps de jachère nécessaires à la régénération des sols, et cela se reflète dans nos assiettes : les hauts rendements que les agriculteurs doivent atteindre pour survivre, couplés à la lâcheté du monde politique et au pouvoir des lobbies conduit à la « vitrification » des terres agricoles, causes non seulement d’un appauvrissement dommageable de la valeur alimentaire des aliments mais aussi d’inondations ou au contraire de sécheresse des nappes phréatiques malgré des mois de pluie etc. etc  .

Réhabiliter la culture potagère.

Bref le cardiologue, qui ne mâche pas ses mots, appelle à réintégrer les circuits courts et même à renouer avec la culture potagère individuelle. « Cultiver un potager personnel peut reconnecter les gens à la source de leur alimentation, fournissant des oligoéléments et des vitamines, essentiels au cœur et à la santé en général. » L’idée du retour aux origines alimentaires ne s’arrête pas là. Le Dr. de Cannière souligne l’importance du microbiote pour la santé cardiovasculaire. « Une bonne santé buccodentaire est la première ligne de défense pour maintenir un cœur en forme. Les choix alimentaires influent directement sur notre microbiote, qui à son tour, impacte la santé cardiovasculaire. »

En ce qui concerne la composition de l’alimentation idéale, le cardiologue rappelle des principes simples : que la ration alimentaire doit voir ses 1800 Kcalories composée d’au moins 15 % de protéines, 50 % de glucides lents et 35 % de lipides de qualité (voir recommandations de la société belge de cardio pour plus de détails).

Il critique des modes alimentaires et des régimes douteux, telles que le petit-déjeuner copieux + jus d’orange, comme si le corps avait besoin d’un plein d ‘énergie pour commencer la journée sur les chapeaux de roue comme une vulgaire automobile !, soulignant que pendant 80 mille ans les humains ont probablement mangé maximum une fois par jour et couraient ou travaillaient toute la journée pour ce faire. Il pense que toute notre physiologie a été le fruit d’une évolution tendue vers ce modèle et qu’elle s’accommoderait sans doute très bien de s’en rapprocher. Pour cette raison parmi d’autres, il est intéressé pas le jeûne intermittent, qu’il trouve une piste qui « fait du sens ».

Substances pernicieuses.

Le Dr. de Cannière s’inquiète également des additifs et des substances controversées dans notre alimentation et des micropolluants que certains génèrent avec un impact délétère pour la vie animale et humaine. « Prendre conscience des dangers, tels que ceux de l’aspartame par exemple, est essentiel pour prévenir les dérèglements du corps, cette molécule a été acceptée par la FDA de manière très discutable et mériterait un « second look » entre autres exemples.

L’homme de médecine met en garde contre une société obnubilée par la rentabilité, au détriment de la qualité nutritive et du plaisir de manger.

 » La disparition des insectes est un autre problème majeur. Leur rôle dans la pollinisation et la chaîne alimentaire est central. Nous devons repenser nos priorités. »

« Désolé de jouer les Cassandres chez les Sybarites mais comme nous le savons tous « la maison brûle ».

« Pour moi, on est ce qu’on mange » (mais pas que… ;), déclare le Dr. de Cannière avec conviction. Il prône une approche conviviale de l’alimentation, insistant sur l’importance de prendre son temps à table. « La cuisine est une source de plaisir et de partage, une opportunité de vivre des échanges authentiques. »

Je n’apprends rien à personne mais il me semble me souvenir d’avoir lu que dans les années 70 le temps moyen passé par les français à table le midi était d’une heure et demie. Il est passé à dix minutes. Au détriment des rapports humains… Vive donc les sybarites !

En conclusion, le point de vue du cardiologue Didier de Cannière est clair : pour une santé cardiaque optimale et un respect envers la planète, il est temps de reconsidérer notre relation avec la nourriture. Privilégier la qualité, se reconnecter avec la nature via les cycles courts entre autres choses, et embrasser le plaisir de cuisiner et de partager sont les piliers d’une approche alimentaire saine et durable.

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